Le bois énergie : quels usages en zones urbaines et rurales en BFC ?
La Bourgogne-Franche-Comté est une région majoritairement rurale avec une grande diversité de territoires. Le bois énergie, en tant que première énergie renouvelable régionale, s’adapte aux différents besoins en chaleur pour le secteur domestique, l’habitat collectif ou l’industrie. Si la majorité des emplois associés à la production du combustible restent implantés en milieu rural, l’utilisation du bois énergie est aussi bien rurale qu’urbaine, avec des différences marquées entre les types de territoires.

Contrairement aux énergies fossiles, les énergies renouvelables sont produites localement, et donc dépendantes des spécificités des territoires. Cette territorialisation des énergies renouvelables est prise en compte par les politiques de décarbonation du mix énergétique. Par exemple, la loi d’accélération des énergies renouvelable de 2023 propose de définir des zones de production pour chacune des énergies renouvelables, en fonction des potentialités de chaque commune.
À partir de l’observatoire du bois énergie sur les données de 2022, nous avons souhaité revenir plus en détail sur les utilisations actuelles du bois énergie, la 1ère énergie renouvelable régionale, selon les territoires.
Le bois énergie en maison individuelle : une énergie sur-représentée dans les territoires ruraux
Le bois énergie en secteur individuel est l’utilisation de biomasse (principalement bûches et granulés) pour le chauffage des particuliers, via différents appareils de chauffage (poêles, chaudières, inserts, etc.), en complément ou non d’autres énergies. En France métropolitaine, 24 % des foyers (maisons et appartements) ont recours au bois pour se chauffer (ADEME 2024). Ce chiffre monte à 43 % en maison individuelle, où l’utilisation du bois est facilitée par l’organisation de l’habitat.

Il ressort logiquement des données disponibles que le chauffage domestique au bois se concentre très majoritairement dans des résidences principales de type maison individuelle.
Parmi les habitants de maisons individuelles en BFC, le recours au chauffage au bois est plus important chez les ruraux (48 %) que chez les urbains (39 %) (ADEME BFC 2024). De plus, la population de BFC est significativement plus rurale qu’au niveau national : 55 % des habitants de la région vivent en zone rurale contre un tiers au niveau national. Enfin, la part de maisons individuelles est logiquement plus importante en zone rurale qu’en zone urbaine (INSEE 2021).
Tous ces facteurs impactent la répartition du parc de maisons entre zones rurales, urbaines et péri-urbaines, et la répartition de la consommation du bois énergie domestique.
| Nombre total de maisons en BFC | Part des consommations régionales de bois à climat normal | |
|---|---|---|
| Grands centres urbains et intermédiaires | 99 000 | 11 % |
| Petites villes et ceintures urbaines | 171 000 | 14 % |
| Rural et bourgs ruraux | 515 000 | 75 % |
Ainsi, les territoires ruraux représentent les trois quarts de la consommation de bois énergie domestique régionale. Le bois y constitue une énergie locale, facile d’accès, bon marché, et adaptée au type d’habitat.
Les zones urbaines et péri-urbaines représentent tout de même une part non négligeable des consommations régionales. C’est dans ces zones où l’effort sur le renouvellement des appareils et l’utilisation d’un combustible de qualité pour éviter la pollution de l’air doivent être priorisés, en raison de la présence d’autres sources de polluants (transport, etc.).
Bien que les données ne soient pas assez précises pour différencier les circuits d’approvisionnement par type de territoire, il est probable que les circuits courts et l’affouage représentent une part bien plus importante dans les zones rurales, là où les urbains font plus souvent appel à des professionnels de la filière.
Le bois énergie en secteur collectif et industriel
Pour s’adapter aux exigences de l’industrie et des usages collectifs (tertiaire, logement collectif, etc.), le bois énergie s’est modernisé avec l’apparition des chaudières biomasse. Ces appareils utilisent le bois sous forme déchiquetée (copeaux de bois) et sont automatisés, ce qui permet un approvisionnement piloté en eau chaude ou air chaud à destination de différents usages. Les chaufferies peuvent être dédiées (implantées directement dans un bâtiment ou une industrie) ou mutualisées via un réseau de chaleur reliant plusieurs utilisateurs.
L’analyse de la base de données des chaufferies, suivie par FIBOIS BFC pour le compte de l’ADEME et de la Région BFC apporte des informations sur l’implantation des chaudières biomasse.
La majorité des chaufferies biomasses sont utilisées pour le chauffage de locaux tertiaires, d’administrations, d’immeubles, etc. (chaufferies dites « collectives »). Ces chaufferies sont majoritairement implantées en milieu rural. Par contre, la puissance moyenne des chaufferies est bien plus élevée en zone urbaine (2 667 kW) qu’en milieu rural (156 kW). Autrement dit, les zones urbaines comptent beaucoup moins de chaufferies biomasse, mais leur puissance et leur production d’énergie est bien plus importante. Il est plus facile de mutualiser une chaufferie biomasse de puissance importante dans des zones urbaines où les usages se concentrent (logements collectifs, bâtiments publics, infrastructures sportives, etc.), pour éviter les pertes liées aux réseaux.

En secteur industriel, le constat est différent. La majorité des chaufferies biomasse industrielles sont implantées dans les industries du bois (scieries, etc.), qui ont des besoins de chaleur importants et de la biomasse disponible. Des sites industriels d’autres filières ont aussi fait le choix d’utiliser la biomasse pour leur procédé ou le chauffage de leurs bâtiments (agroalimentaire, etc.). Le nombre de chaufferies est plus faible mais les besoins importants, ce qui se traduit par des puissances moyennes importantes dans tous les territoires (3 200 kW). L’implantation des chaufferies est dépendante du tissu industriel, et centrée sur les territoires ruraux, qui représentent la majorité de la production d’énergie industrielle régionale.

L’approvisionnement en bois énergie crée des emplois en milieu rural
Les énergies renouvelables sont une source d’emplois non délocalisables. En ce qui concerne le bois énergie collectif et industriel, la production de 1 000 tonnes équivalent pétrole génère un peu moins de deux emplois (ADEME 2007). Ces emplois sont liés majoritairement à la récolte du bois, ainsi qu’à la gestion des plateformes de bois énergie et l’entretien des chaudières. La grande majorité des emplois générés par cette filière sont donc implantés en milieu rural.
Le constat est le même pour la production de bois de chauffage ou de granulés, où les unités de production sont souvent implantées en zone rurale.
Conclusion
Le bois énergie reste une énergie majoritairement rurale, tant au niveau de sa production que de sa consommation.
Le chauffage domestique en secteur rural et l’industrie représentent des postes de consommation importants et sont implantés loin des villes. Cependant, l’implantation de réseaux de chaleur, plus rentable économiquement et énergétiquement dans des zones densément peuplées, représente un poste de consommation important et majoritairement urbain.
Ces constats illustrent la complémentarité des différentes formes de bois énergie en BFC, qui explique en partie sa place de 1ère énergie renouvelable régionale. Les autres énergies renouvelables thermiques (géothermie, solaire thermique, etc.) disposent d’une marge de développement plus importante que le bois énergie. Ces énergies disposent aussi d’avantages intéressants, et leur complémentarité avec la biomasse dans le mix énergétique régional est un atout pour la Bourgogne-Franche-Comté.
Pour aller plus loin
Observatoire du bois énergie 2022, FIBOIS BFC 2024
Sources
Évaluation des emplois dans la filière biocombustibles, ADEME 2007.
Situation du chauffage domestique au bois en 2022-2023, ADEME 2024.
Le chauffage domestique au bois en Bourgogne-Franche-Comté – Saison de chauffe 2022-2023 – Données brutes, ADEME BFC 2024.
Fort développement de l’habitat individuel sur les 50 dernières années – Bourgogne-Franche-Comté, INSEE 2021.